C'est le roi Louis XV qui va faire la fortune de Chevilly. Le monarque ne se plaît pas à Versailles, il s'y sent écrasé. Il préfère le château de Choisy, construit par la Grande Mademoiselle, et décide d'en faire sa résidence favorite. De plus, Choisy est l'endroit le plus facile pour traverser la Seine et se rendre aux chasses royales de la forêt de Sénart. En 1760, la marquise de Pompadour fait acheter par son cousin, Barthélémy Thoynard de Jouy, avocat et conseiller du roi Louis XV, l'ancienne prévôté de Chevilly appartenant aux Chanoines du chapitre de Notre-Dame de Paris et située sur la route de Versailles à Choisy. La ferme "bijou", ainsi appelée par son propriétaire, s'étend depuis la route devant l'église jusqu'aux abords de Rungis et se déploie sur L'Hay et Thiais. Un ruisseau bordé de grands arbres et servant de déversoir à l'étang de La Saussaye traverse et alimente une mare, qui se trouve au centre de la propriété. Tantôt ce ruisseau déborde et inonde la plaine, tantôt il manque d'eau et le moulin de Saint­Jean à Rungis ne peut plus fonctionner. M. de Jouy fait donc construire autour de sa propriété un saut-de-loup (fossé de 3 m de profondeur et de 7 m de largeur) pour empêcher les inondations. Cette ferme est magnifique ainsi que la décrit Mme de Genlis qui, à l'âge de 15 ans, séjourna 6 mois à Chevilly avec sa mère Mme du Crest. La vie va bon train et de nombreuses fêtes ont lieu dans la belle orangerie. M. de Jouy, voulant recevoir le roi sur ses terres et l'inviter à la chasse, fait alors construire un château dans le bois situé près de la ferme, château inauguré par Louis XV en 1760 lors d'une partie de chasse. Mais le propriétaire n'a pas les moyens de son train de vie. Un matin, vers 6 heures, la police se présente avec une lettre de cachet. M. de Jouy doit quitter son lit en toute hâte. Les officiers du roi le conduisent à Lyon et l'enferment dans la forteresse de Pierre-Encise. En 1767, le domaine est adjugé au sieur Leschevin. Cette même année, Thoynard de Jouy, libéré, fait tout de suite opposition à la vente de sa propriété pour mieux garantir les droits de son épouse. Le procès va durer cinq ans et il faudra attendre trente ans pour conclure définitivement. Les héritiers de Leschevin vendent, en 1777, toute la propriété au chevalier d'Arbeins, qui meurt dix ans plus tard à la Martinique. En 1787, le seigneur Fayard de Bourdeilles en devient le propriétaire.     Puis, le sieur Darblay rachète le domaine. Ignorant les conséquences, il fait abattre les arbres qui bordent le chenal d'écoulement et combler le ruisseau qui écoule les eaux de La Saussaye vers la Bièvre. Les paysans sont ravis, les oiseaux ne viennent plus piller les champs. Mais l'écoulement naturel des eaux ne se faisant plus, pendant quatre-vingts ans, Chevilly sera très souvent inondé. En 1793, le riche banquier Jaume se déclare cultivateur afin de quitter Paris et fuir les désordres de la Révolution. Il rachète la propriété et entreprend avec son épouse la restauration du culte religieux.     Le 24 août 1808, un banquier normand, François Outrequin, acquiert le domaine qui restera propriété de famille pendant quarante-sept ans. Il fait arracher la roseraie, le verger devenu improductif, fait démolir les volières et transformer le parc en prairie pour y élever des chevaux, des vaches et des mérinos (nouveauté dans le pays). Cet habile négociant prend en pension des chevaux pendant la belle saison, ce qui lui demande peu de main-d'œuvre et lui apporte un important rendement. En 1813, il devient maire de Chevilly et, faute de mairie, le conseil municipal siégera au château. Il meurt en 1834. Son fils Gustave lui succède, dilapide l'héritage paternel et meurt en 1854. La veuve Outrequin «Junior», née Bonneuil, se décide en 1854 ou 1855 à vendre sa propriété, probablement pour payer les dettes laissées par son mari.     Des affiches immenses sont faites, représentant les deux façades du pavillon Thoynard. Deux acquéreurs sérieux se présentent aux enchères : Mgr Sibour, archevêque de Paris, qui ne veut pas mettre plus de 220 000 F, et son adversaire le jeune baron prussien Georges-Arthur von Schickler, qui rachète les 60 hectares du domaine pour 230 000 F. Grand amateur de chevaux, il y installe un haras. Il espère faire un champ de courses autour de Chevilly en achetant les propriétés qui s'étendent de la route Fontainebleau à Versailles, mais les propriétaires s'y opposent.    Et la catastrophe se produit ! Il fait abattre les deux ailes du pavillon. Les pierres vont servir à la construction d'un château d'eau, d'un manège pour le dressage des chevaux, d'une petite maison pour son cheval de distinction et d'une écurie mansardée. Il vit en concubinage avec une danseuse et les gamins du village, pour épier leurs tumultueuses amours, se pendent aux magnifiques grilles en fer forgé Louis XV. Pour préserver son intimité, le baron les fait arracher et remplacer par un mur. Le jardin est aussi l'objet de sa sollicitude. Désirant manger à Pâques des abricots et des pêches, il fait construire une petite serre, chauffée de janvier à mars. De cette façon, il peut manger de très bonne heure des fruits à son goût.    Mais tout n'est pas plaisir. En 1861, Chevilly subit de nouvelles inondations. Découragé, ce hobereau éleveur de chevaux comme l'appellent les paysans du village, dit un jour à l'abbé Salmon, alors curé de Chevilly, qu'il est prêt à vendre sa propriété. L'abbé sait que les Spiritains cherchent un domaine plus grand. Il leur fait part de cette information. C'est ainsi qu'en 1863, la Congrégation du Saint-Esprit achète pour 300 000 F la propriété du baron von Schickler.  Le château, refuge d'intimité royale, devint noviciat, refuge d'intimité divine dira le Père Joseph Heidmann, chroniqueur du séminaire.     Le 30 décembre 1863, l'abbé Salmon, curé de Chevilly, préside l'inauguration provisoire et bénit, à midi, le salon du château : “Ce séjour de luxe et de frivolités avait grandement besoin d'être purifié de tous les péchés qui s'y étaient commis» ; il sera habité par le Supérieur Général. Quant au beau salon du rez-de-chaussée où Mme de Genlis donnait des concerts de harpe, il est aménagé, pendant dix-huit mois, en chapelle provisoire en attendant que les religieux transforment le manège aux chevaux du baron von Schickler en chapelle,  Le chateau POMPADOUR Le Séminaire des Missions      La Congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie La vocation première des Spiritains est d'aider les étudiants ecclésiastiques pauvres. De 1736 à 1848, le séminaire du Saint-Esprit situé rue Lhomond à Paris, forme et envoie des centaines de missionnaires en France, au Québec et aux quatre coins du monde pour aider les peuples les plus délaissés, tant spirituellement que matériellement. (cf Histoire des Spiritains)   En 1863, l'institut devenant de plus en plus important, le père Schwindenhammer, supérieur général de la congrégation, achète la propriété du baron von Schickler pour 300 000 F. La prise de possession a lieu le 2 janvier 1864.    Pauvre séminaire ! Les classes et le réfectoire sont installés dans les écuries, le grenier à foin sert de dortoir, le manège est converti en chapelle et les frères chargés du travail manuel logent dans l'ancienne ferme. Pas d'eau courante, pas de chauffage, ils s'éclairent à l'huile de quinquet. Mais grâce au travail acharné de tous, la propriété redevient prospère et la population accueille cette centaine de nouveaux venus avec sympathie.    La guerre de 1870 éclate : toute la communauté est évacuée vers Paris. Les Spiritains mettent à la disposition des habitants leurs cours et communs, sauvant ainsi fourrages, récoltes, matériel et même les animaux. Le 17 septembre, les Allemands occupent Chevilly. Le séminaire est transformé en camp retranché. Pendant quatre mois, les obus français pleuvent sur le village. La guerre civile apporte de nouveaux ravages et la paix reviendra seulement à la Pentecôte de 1871.    Les dégâts sont tels que les étudiants spiritains devront aller continuer leurs études en Bretagne, à l'abbaye Notre-Dame de Langonnet, pour une période de dix ans. Les frères réparent les dommages. Ils accueillent 60 orphelins alsaciens, dont plusieurs deviendront Spiritains. L'argile étant excellente, ils installent une briqueterie, construisent le séminaire actuel pour 135 séminaristes, ainsi qu'un magnifique cloître. Mais l'hiver de 1880 est très rude et, dans leurs cellules humides et sans feu, les frères contractent la tuberculose qui va exercer ses ravages pendant vingt ans et provoquer au moins 70 décès parmi les séminaristes.     En 1902, la congrégation est endeuillée. Treize Spiritains ont été brûlés vifs à Saint-Pierre durant l'éruption de la montagne Pelée en Martinique. La tristesse mise à part, au fil du temps, la propriété devient magnifique : cloître, cultures, jardins, élevages... tout est superbe. Les frères vivent à la pointe du progrès, utilisent la machine à vapeur, pratiquent le sport cultivent et fabriquent leur bière. Ils ont construit leur moulin, leur boulangerie. Tous les ateliers (forge, menuiserie, taillerie, etc.) fonctionnent à plein rendement et les villageois sont les premiers à bénéficier de cette école professionnelle.    Mais pourquoi tant d'efforts ? Parce qu'il s'agit d'un séminaire missionnaire. Tous ces jeunes gens sont là pour apprendre, avant de partir pour l'Afrique, dans cette Afrique mystérieuse et impénétrable, où ils devront transmettre leurs connaissances.    En 1912, l'électricité de Vitry alimente la commune et, pour reprendre la phrase du père Joseph Heidmann : "Grâce aux frères électriciens, la maison devient lumière." En 1914, la communauté fête ses noces d'or en présence de l'abbé Touzé, curé de la paroisse (qui deviendra en 1943 évêque auxiliaire de Paris) et du maire, Henri Cretté. Bilan de ces cinquante années : presque tous les Spiritains ont été formés dans ce séminaire, et c'est l'Afrique qui en a été la plus grande bénéficiaire. Ils sont partis par centaines, ceux que les habitants appelaient alors, "les fous de Chevilly". En cinquante ans, 740 vont mourir en pleine jeunesse (moyenne d'âge 32 ans). Le nombre de vocations étant de plus en plus important, les frères construisent un nouveau bâtiment, mais la guerre éclate, mobilisant une grande majorité de la communauté. Les frères restés au séminaire hébergent 350 petits orphelins belges évacués de l'Yser, qui ne repartiront qu'en avril 1919. Les frères assurent le ravitaillement de la population et participent au travail des fermes désorganisées. Le supérieur du séminaire remplace le curé, appelé sous les drapeaux. Les frères, entassés à deux ou trois par cellule, sont obligés d'agrandir leur propriété. Pour le 75e anniversaire du séminaire, le gros-oeuvre est terminé et la chapelle consacrée par le supérieur général, Mgr Le Hunsec. Les aménagements intérieurs, comme l'eau courante, exigeront encore vingt cinq ans.    Pour la troisième fois, la guerre éclate. Les 350 Spiritains quittent la communauté. Celle-ci devient un hôpital militaire, un foyer pour les soldats indochinois, malgaches et sénégalais, une caserne allemande, avec une batterie de DCA dans la propriété, et finalement un camp américain et dépôt pour les FFI. Ces occupations successives vont durer six ans, laissant les locaux en bien triste état. Durant cette guerre désastreuse, 17 Spiritains ont été tués, dont le jeune père Mazurié à la libération, à Chevilly même, et 115 sont faits prisonniers. Beaucoup d'autres ont connu le travail obligatoire en Allemagne, et certains, les camps de déportation.    8 maii 1945, enfin la paix ! La maison, peu abîmée extérieurement, peut rouvrir ses portes. La vie reprend son cours. Chaque année, de nouveaux missionnaires partent pour l'Afrique, mais une Afrique beaucoup moins dangereuse que jadis. Le scolasticat déborde de jeunes spiritains en formation, dont les aînés vont remplacer les missionnaires chevronnés, fatigués ou amoindris par les années d'isolement dues à la guerre. Formés pour la Mission au loin    C''est donc dans ce domaine du "Séminaire des Missions" de Chevilly que de nombreux jeunes hommes venant des quatre coins de France et même de l'étranger se préparaient à la vie religieuse dans la Congrégation du Saint-Esprit, devenant ainsi "Spiritains", selon la règle instaurée par les fondateurs, Claude Poullart des Places et François  Libermann. Les séminaristes recevaient une formation théologique et pastorale de professeurs spiritains de grande expérience, et s'initiaient au ministère apostolique dans les paroisses de la banlieue parisienne. La vie liturgique était importante et les cérémonies nombreuses et solennelles  comme les fêtes-Dieu. Ils participaient aussi aux travaux manuels d'entretien des bâtiments et de la propriété, en dehors de leurs heures d'étude. Devant le nombre des missionnaires à former, les bâtiments actuels furent construits progressivement par les Frères spiritains. Ils se formaient ainsi à tous les métiers nécessaires à la vie et au développement des postes de Mission auxquels il seraient envoyés.      Les frères, jeunes et anciens contribuaient à la vie de la communauté par les ateliers et la ferme qui comprenait élevage et agriculture.       Au terme de leur formation, prêtres et frères , au cours d'une cérémonie solennelle, recevaient alors leur "obédience", généralement pour un départ vers les pays qu'on appelait alors les pays de mission. Une ordination de 32 prêtres en 1950 Adieu, Frères, Adieu ....... On estime que plus de quatre mille prêtres et frères missionnaires spiritains sont ainsi partis de Chevilly pour l'Évangélisation dans les missions de l'Afrique et des îles de Madagascar, de la Réunion, de Maurice, ainsi que des Caraïbes : Haïti, Martinique, Guadeloupe, sans oublier la Guyane, le Brésil, le Paraguay, en Amérique du sud, le Mexique, les Etat-Unis, le Canada, St Pierre-et-Miquelon, en Amérique du Nord et plus récemment le Pakistan, les Philippines, le Viet-Nam et Taiwan.      Il faut aussi mentionner ceux qui, souvent à leur grande déception, restaient en Europe provisoirement ou définitivement, pour le service des oeuvres de formation, collèges, oeuvres de jeunes et séminaires en France, mais aussi à Rome (Séminaire Pontifical français), et d'autres pays. SOMMAIRE Le dernier bâtiment construit, au début des années 1930, fut la grande chapelle,  à la mesure de la communauté d’'alors, pour les offices liturgiques et les nombreuses ordinations sacerdotales  plusieurs fois par an.   S E M I N A I R E   d e s  M I S S I O N S CHEVILLY-LARUE   (Val de Marne) Congrégation du Saint-Esprit (Spiritains)  Les origines de la propriété actuelle : selon l'ouvrage de Yvette Mangeant (1997) : "Il était une fois... CHEVILLY-LARUE"  SOMMAIRE